Milky Way (Benedek Fliegauf), hongrois, sonore et composé d’environ quinze plans, ce film a tout pour rebuter les spectateurs – pas trop de sièges qui claquent étonnamment. Le film est une succession de plans fixes et sans aucun lien apparent entre eux. Deux remarques à ce stade : le film exclue le montage et le mouvement de caméra. Les plans se suffisent à eux-mêmes, il n’y a aucun montage, ni narratif, ni poétique, ni rien. Difficile de déceler une histoire, plutôt une ambiance, une atmosphère, où le bruit l’emporte sur la parole. La fixité totale de la caméra renforce cette idée selon laquelle Milky Way se situe d’avantage vers l’art plastique que le cinéma, la conception du film semble être picturale, pas cinématographique, et c’est ce qui dérange. Ce sont des tableaux vivants qui se jouent de notre regard, nos yeux circulant d’un endroit à l’autre du cadre au fil des micro-événements. Une tente s’envole, on nage doucement dans une piscine, on y baise, un pneumatique se gonfle et prend forme, une vieille meurt au pied d’une balançoire, une barque se laisse porter par le courant, un nid prend feu… Milky Way est déroutant. La force du film tient dans ses mouvements, ses lignes de force qui parcourent le cadre, ses mouvements inespérés qui traversent l’image, cette attente qui naît. On pourrait essayer de disserter sur chaque action, d’interpréter le rôle des objets, mais l’intérêt ne semble pas se situer à ce niveau là. Milky Way viserait à apaiser les esprits tourmentés, sorte de petite cellule privilégiée où le calme et la lenteur seraient la grandeur d’un monde agité, trouble et troublé. Et malgré tout, l’ennui est le seul maître à bord. Le cinéma, art de l’espace, écrivait Rohmer – on sera surpris de voir l’utilisation faible de cet espace, quasiment aucune profondeur de champ, juste des droite–gauche répétitifs. Le champ et le hors champ n’entretiennent aucune tension, ce qui est hors du cadre l’est quasiment à chaque coup définitivement. Le dernier plan, le plus réussi, met en scène deux adolescents (semblerait-il) dont on ne distingue que leur silhouette. Ils s’échauffent, s’étirent. Pour quelles raisons ? Les deux corps sombres se mettent à danser, et sortent finalement du cadre ; reste uniquement ce fond sublime, une ville lumineuse dans la nuit, floue, masse informe vitale et muette.
A 22h était projeté un film philippin présenté par le réalisateur : Three Days of Darkness, de Khavn De La Cruz. J’ai du abandonner au bout de 50 minutes, c’était insoutenable. Une sorte de film d’horreur érotique à l’image saccadée, qui à défaut d’être mal éclairé ne l’est pas du tout, autant dire que le spectacle était éprouvant. Je me suis demandé si un jour les écrans pouvaient alors parler, ce qu'ils pourraient bien raconter. Ce soir, l’écran du MK2 Bibliothèque salle 11 dirait sûrement ô combien il a souffert. J’ai quitté la salle après une scène saphique découpée à l’excès, illisible, sans émotion, vide, sale, seulement bonne à combler un manque affligeant de scénario. Avant le film, on présenta le réalisateur comme prolifique, à raison de 5 films par an. On comprend mieux le désastre.
Devant le MK2 Bibliothèque sont exposées des photographies de personnalités du septième art. Je me suis offert une séance photo – photographie de photographies. Notez les reflets qui offrent une vision incroyable de ces réalisateurs, acteurs… perdus dans un 13ème arrondissement bleuté, gris, froid, rectiligne, nuageux.
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