Day #7
Mardi 08 juillet, drôle de journée (comme d’habitude après tout). Programme 4 des courts-métrages, éclectique et remarquable pour son inégalité. Le premier fut le meilleur : Rolyo, d’Alvin B. Yapan. La pellicule entoure les champs – que devient le film ? La périphérie du cinéma autour des vies, la fiction ceinture la réalité. Rolyo confronte la ville et la campagne, (confronter n’est pas opposer) les paysans qui chassent les oiseaux pour les vendre face aux enseignes flashy des McDo. Poésie et lyrisme des images d’une candeur – les enfants - qui recèle une réflexion sur le cinéma, son rôle et sa survie au sein de la réalité. J’évoquais aujourd’hui à une terrasse, De la guerre, où le personnage principal retourne au réel après un voyage dans la fiction : mieux toucher le réel, l'approcher autrement – que retirer de la fiction ? Rolyo pose ces questions certainement, le recyclage de la pellicule à la perte de l’imaginaire. On est perdu dans ce pays où les deux pôles de la société s’éloignent, vecteur inévitable du monde aujourd’hui. Surface, film portugais, est un voyage en compagnie d’un homme perdu au beau milieu de l’océan. Départ d’un lieu connu et arrivée à un lieu inconnu – traversée des surfaces, sable, eau, bois… le résultat est tiède. Les Couillus film français, met en scène un groupe d’hommes participant à un stage pour le moins surprenant. Pas forcément réussi dans sa drôlerie, les éclats sont fulgurances, à ces moments où la vérité surgit à l’écran – restent en tête ces quelques images des visages de ces bourreaux contemporains. The Shooter est anecdotique. Tide of love est sûrement le pire film de toutes les sélections de courts-métrages ; histoire pompeuse qui compare l’amour à ces allers-retours interminables des vagues… Le programme 5 est constitué d’un seul court-métrage de 55 minutes. L’absence quasi-totale de questions en fin de projection témoignait, j’ose espérer, de la qualité médiocre de ce film. Le réalisateur expliquait qu’il voulait absolument tourner en pellicule (on ne saura même pas pourquoi) et que c’était un film fauché. Relation cause à effet : une seule prise pour chaque plan. On comprend alors pourquoi ces acteurs jouent comme des pieds, chaque réplique est d’une fausseté déconcertante. La loufoquerie de l’exercice (ours slovènes qui citent Nietzsche, soucoupe volante en plein jardin…) est vain, rien ne sert de courir il faut partir à point.
Et puis, la découverte du jour, ce jeune réalisateur philippin dont on ne cesse de parler depuis le sulfureux Serbis projeté à Cannes en sélection officielle (et projeté demain en avant-première) présentait Slingshot. Après L’Eveil de Maximo Oliveiros et Tribu qui nous envoyaient droit au cœur de Manille et ses quartiers chauds, c’est au tour de Slingshot. Le plus réussi, le plus brillant et certainement le plus violent, nous voilà face à un film coup de poing comme on dit (j’alimente les formules galvaudées, la cadence du festival pèse sur mes écrits – ça va comme excuse ?). Le film ne se laisse pas prêter au jeu de la déconstruction, du séquençage qui permettrait d’y déceler la structure des ensembles, l’heure et demi est une unité parfaite. La vivacité de la caméra est éprouvante et renforce l’aspect documentaire omniprésent (Cannes 08 plane), le cadre est bouillant, irréductible à l’immobilité. L’intensité atteint son paroxysme lors d’une scène terrifiante de torture, crue et froide, les cris de douleur semblent être ceux d’une ville en proie aux magouilles, à la violence, à l’abandon total. Les bébés hurlent, la cocaïne tourne, un cercueil en pleine rue côtoie les vols à l’arraché, la mort et les coups ont pris leur sens plein (coup de force, coup mortel, coup(ure), tout à coup). Slingshot semble être à l’image du cinéma philippin contemporain (que je découvre donc), films tournés rapidement, témoins et traces de cauchemars urbains. Très fort !
La dernière expérience de la journée : Gagamboy, d’Erik Matti. Parodie du film Spiderman, ce film est un pur nanar bien assumé. Un cliché à chaque plan, à chaque expression et à chaque mouvement, à chaque mot, ce film est phénoménal. Un fou rire nerveux avec la personne qui m’accompagnait durant le premier quart d’heure témoigne assez bien de l’état d’esprit dans lequel j’étais – à cause du film bien sûr. Je revendique le droit d’aimer les bons gros navets, je n’avais jamais autant ris depuis le début du festival - Gagamboy ou Gameboy, un plaisir d’enfant fabuleux.