Dhorasoo transféré au Super 8

Publié le par Arnaud



Substitute est d’abord intrigant, ensuite passionnant par le discours qu’il produit, sur le football, le cinéma et sur l’assemblage des deux. Il y a un homme, joueur de football professionnel, Vikash Dhorasoo, puis il y a cette caméra super 8 que le vidéaste Fred Poulet lui met entre les mains. L’intro est belle : les deux hommes sont assis à chaque côté d’une table et Fred Poulet explique le procédé à Vikash Drorasoo, ils se filment mutuellement, le film prend naissance alors même qu’il est énoncé en tant que projet. Dhorasoo est un substitute, le film semble en être un également. Le film en super 8 fait avec des moyens réduits à l’extrême contre celui qui aurait pu être fait de manière plus « officielle » (voir le film sur Zidane). – « aurait pu », Vikash aurait pu… Débute alors la « chronique d’un ennui » comme l'écrit J-P Tessé dans sa critique des Cahiers. Juste. Après les chroniques des morts-vivants le mois dernier, nous voilà avec la chronique d’un ennui, qui enterre et permet de refaire surface tout autant, on est pas loin du Romero finalement. « Je suis acteur, pas spectateur », Vikash ne joue pas au football, il assiste à la coupe du monde : un quart d’heure de jeu dans toute la compétition. S’interrogeant : pourquoi rester ? Se convaincre que c’est une chance d’être en Allemagne parmi les 23 et penser à l’avenir proche, à comment il percevra ces événements dans quelques années… Mais aujourd’hui Vikash n’a que la caméra pour se satisfaire, la production d’image est devenu le moyen de justifier sa présence, il est le témoin de quelque chose. Prix de consolation. Les images sont terribles tant elles traduisent l’absence. L’absence de communication de la part de Vikash Dhorasoo qui se déclare ne pas avoir envie de parler, à personne, même pas à lui-même. L’absence ensuite de soutien envers la solitude, ou rien d’autre ne pourrait la combler que cette légère caméra. Et l’absence surtout de temps de jeu, ce pour quoi cet homme est venu : participant à tous les matchs de qualification, il occupe le banc dorénavant. Loin de faire le procès d’un sélectionneur, le film n’est pas fait « contre » mais « pour » et « avec » quelqu’un. L'effacement du joueur de foot était en marche, et les seules traces restantes de son statut qu'il semble avoir quitté malgré lui, trop tôt, sont ces saluts timides et brefs lancés à la foule (en fin de match ou de retour à Paris face aux supporters venus en masse).

 

 

Sinon j’ai fait une découverte formidable : La Maman et la putain est disponible intégralement sur Youtube en 24 parties. Bon, autant vous dire que c’est pas idéal pour regarder un film (surtout celui-ci) mais sa rareté est telle qu’on ne peut pas se permettre de faire la fine bouche.

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S
"La maman et la putain" sera projeté le 10 octobre à la cinémathèque française de Paris. Je sais que Arnaud a déjà pris note de ce rendez-vous. Pour ma part, j'y découvrirai le film pour la première fois.
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F
Le chef-d'oeuvre d'Eustache disponible sur YouTube, ça a de quoi laisser interrogatif. Peut-on se contenter de découvrir un si grand film sur un format si prosaïque ? En même temps, quand il s'agit de voir un film si difficilement accessible, tous les moyens restent bons.
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C
On pourrait très bien retourner l'argument: avec un tel cinéaste, et un des plus grands films de l' Histoire du cnéma Français et mondial, on ne peut qu'exiger des passages au cinéma réguliers et une edition video digne de ce nom. A defaut, on peut télécharger (je l'ai fait) sur internet, dans le plaisir de l'illégalité, une version de très haute qualité d'images découpée en deux parties. Peu importe les moyens, pour que Jean soit toujours avec nous!
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