Day #5
Hier soir la fatigue a remporté le combat, je rédige donc le compte rendu de la veille. Hier donc. Un débat autour de la critique de cinéma face à internet, aux blogs notamment, avait lieu dans la salle Franju de la cinémathèque. Les échanges étaient vivifiants, assez riches et prenaient des orientations multiples. La question la plus approfondie était certainement celle des « nouvelles formes ». D’abord cette nouvelle forme de critique. Les blogs se multiplient et la critique de cinéma est à la recherche d’une pagination différente, de mise en forme sophistiquée, d’un système de lecture qui varie du papier etc. J’ai découvert Kraus grâce aux Amitiés maléfiques. «Pourquoi certains écrivent-ils ? Parce qu’il n’ont pas assez de caractères pour ne pas écrire». Je parlais du pourquoi hier, on est en plein dedans aujourd’hui. Pourquoi écrire sur le cinéma ? Je pense que les causes ont toujours été les mêmes, mais les formes changent. Ecrire sur le cinéma provient d’un désir, d’une envie très forte et intuitive qui s’accomplit par les mots (et l’audio-visuel aujourd’hui avec internet). Il s'agit de rendre compte du cinéma et du rapport qu'on entretient avec lui par un genre littéraire, et donc indéniablement nourrit d'un goût pour l'écriture. Un blog est un espace soumis à un double élan contradictoire, d’un côté les variations libérales des flux, et de l’autre un égalitarisme d’accès. Il y a aussi cette nouvelle forme des Cahiers – qui devrait un jour ou l’autre commencer à se faire sentir réellement (peut-être sous l’ère prochaine du nouvel acquéreur). Je regrette d’ailleurs l’absence de E. Burdeau pour la table ronde. Le débat s’orientait parfois vers cette interminable bataille entre Les Cahiers et Positif dont deux rédacteurs de cette dernière n’ont pas omis de qualifier Positif comme la meilleure revue de cinéma… Heureusement l’intrusion d’internet dans le débat rendait cette dichotomie plus intéressante. Je persiste à croire que Les Cahiers sont la seule revue de cinéma de qualité qui essaye tant bien que mal de s’adapter aux nouvelles formes et à se moderniser (sans renier le lourd héritage bien sûr) tandis que Positif continue de se complaire dans un archaïsme froid et académique. Positif est la meilleure revue de cinéma informative, trop peu souvent critique.
La deuxième partie de la journée : deux films vus. Le meilleur du festival ainsi que le pire (jusqu’à présent). Pour le meilleur, il s’agit de Body Rice, un petit bijou. Sorti en janvier, c’était la séance de rattrapage, en présence du jeune réalisateur. En écrivant ces lignes, le besoin de revivre cette expérience de 2 heures se fait sentir, je regarde donc la bande-annonce. Assez mensongère d’ailleurs, la musique techno parcourt la bande-annonce dans son entier, tandis que la musique occupe une place mineure dans le film (en durée, pas en degré). J’ai vu en ce film la représentation la plus terrifiante de la déchéance humaine. En présentation à la cinémathèque, on n’hésitait pas au micro de parler du mal du siècle, et Tessé dans sa critique de parler d’une « pure image mentale des années 1980 ». J’ai encore du mal avec ces notions temporelles. Body Rice met en scène des corps d’adolescent avant de mettre en scène des adolescents. Les corps sont avachis, muets, silencieux, immobiles et lourds. Ils sont là, fument des cigarettes, le regard vide, zombifiés à l’excès. Un mal du siècle ? Le mal de l’humanité plus radicalement. L’humain ne sait plus où aller, il est arrivé au et à bout, s’en prend alors aux animaux (scène remarquable entre une fillette et un chien, plan-séquence où des enfants se jouent d’une tortue…), y projette son propre abandon. Il y a dans Body Rice une lourdeur assumée et qui terrasse le spectateur. J’étais fatigué de sortir de la salle. Les plans-séquences sont incroyables, ils sont le témoin direct du temps qui passe, qui glisse sur les peaux. Il faut voir ces jeunes danser la techno dans une sorte de désert au bord de l’eau, où la rocaille s’imprègne sur les corps, le durcissement des esprits est en marche. Une adolescente enceinte, une effraction dans une épicerie, les convulsions d’un homme au volant… autant d’événements qui perdent leur humanité, leur incarnation, tout y est mort. Il faut voir aussi cette fille blonde (photo d’en dessous) qui est une pure merveille. Il faut voir Body Rice pour comprendre que le cinéma contemporain est d’une richesse folle.
Le pire film : Tribu. Le temps presse, je ne pourrais pas m’étaler. Film philippin (le seul de la compétition) qui bat tous les records en qualité d’image – on aura rarement vu un truc aussi moche. Une mise en scène qui flirte entre le ridicule et l’amateurisme, un scénario qui hésite à courir vers le documentaire et s’accroche désespérément à un essai de fiction, un film entre deux qui ne donne rien, malgré un réalisateur disert et qui n’est absolument pas à l’image de son film.
A tout à l’heure, cette fois.


La deuxième partie de la journée : deux films vus. Le meilleur du festival ainsi que le pire (jusqu’à présent). Pour le meilleur, il s’agit de Body Rice, un petit bijou. Sorti en janvier, c’était la séance de rattrapage, en présence du jeune réalisateur. En écrivant ces lignes, le besoin de revivre cette expérience de 2 heures se fait sentir, je regarde donc la bande-annonce. Assez mensongère d’ailleurs, la musique techno parcourt la bande-annonce dans son entier, tandis que la musique occupe une place mineure dans le film (en durée, pas en degré). J’ai vu en ce film la représentation la plus terrifiante de la déchéance humaine. En présentation à la cinémathèque, on n’hésitait pas au micro de parler du mal du siècle, et Tessé dans sa critique de parler d’une « pure image mentale des années 1980 ». J’ai encore du mal avec ces notions temporelles. Body Rice met en scène des corps d’adolescent avant de mettre en scène des adolescents. Les corps sont avachis, muets, silencieux, immobiles et lourds. Ils sont là, fument des cigarettes, le regard vide, zombifiés à l’excès. Un mal du siècle ? Le mal de l’humanité plus radicalement. L’humain ne sait plus où aller, il est arrivé au et à bout, s’en prend alors aux animaux (scène remarquable entre une fillette et un chien, plan-séquence où des enfants se jouent d’une tortue…), y projette son propre abandon. Il y a dans Body Rice une lourdeur assumée et qui terrasse le spectateur. J’étais fatigué de sortir de la salle. Les plans-séquences sont incroyables, ils sont le témoin direct du temps qui passe, qui glisse sur les peaux. Il faut voir ces jeunes danser la techno dans une sorte de désert au bord de l’eau, où la rocaille s’imprègne sur les corps, le durcissement des esprits est en marche. Une adolescente enceinte, une effraction dans une épicerie, les convulsions d’un homme au volant… autant d’événements qui perdent leur humanité, leur incarnation, tout y est mort. Il faut voir aussi cette fille blonde (photo d’en dessous) qui est une pure merveille. Il faut voir Body Rice pour comprendre que le cinéma contemporain est d’une richesse folle.
Le pire film : Tribu. Le temps presse, je ne pourrais pas m’étaler. Film philippin (le seul de la compétition) qui bat tous les records en qualité d’image – on aura rarement vu un truc aussi moche. Une mise en scène qui flirte entre le ridicule et l’amateurisme, un scénario qui hésite à courir vers le documentaire et s’accroche désespérément à un essai de fiction, un film entre deux qui ne donne rien, malgré un réalisateur disert et qui n’est absolument pas à l’image de son film.
A tout à l’heure, cette fois.


Déchéance
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