Day #2

Publié le par Arnaud

Je bois en vitesse un café  pour commencer cette journée, plus de sept heures de films en perspective. A 15h, Alila d’Amos Gitaï donc. Après un générique à l’oral façon Godard dans Le Mépris, Amos Gitaï cumule les plans-séquences et les travellings latéraux. C’est en effet ce qui frappe avant tout dans ce film, ces mouvements de caméra incroyables, la longueur des plans à n’en plus finir et pour rendre digeste le tout, les dialogues et l’interprétation des comédiens qui donnent aux personnages leur autorité, leur crédibilité, tout y est et tout y reste, jusqu’au bout. Je m’étalerais bien sur ce film et sur ses enjeux qu’il pose sur les conflits entre Israël et Arabes (la petite communauté dans l’immeuble pour situer le conflit dans son ensemble, le refus d’aller à l’armée pour un jeune homme de 18 ans et la filiation cassée, puis reconstruite…) mais il est 2h23 et il est difficile d’écrire correctement sur un film aussi riche en thèmes et en interrogations. Amos Gitaï est une bonne découverte cette année pour ma part (Après Désengagement, il serait temps que je me rattrape sur sa large filmographie).

 

Alila

 

A peine sorti je cours me procurer la place pour le Programme de courts 2 avec cette fois-ci 5 courts-métrages de projetés : Alexandra (Radu Jude), Le Serment (Maryna Vroda), Saturday’s Shadow (Nick Gordon), Cargo (Leo Woodhead) et Invitation to Dine with Comrade Stalin (Junior et Gianfranco Rolando). Je n'ai accroché à aucun court-métrage excepté peut-être la bonne surprise qui serait du côté du  film roumain de 25 minutes qui met en scène un couple qui n’en est plus un, divorcé, mais uni encore par l’enfant qu’ils ont fait, une petit fille. Le père s’interroge sur les intentions de la mère, il a peur qu’elle ait demandé à sa fille de ne plus l’appeler « papa ». Pudeur du scénario de ne pas dévoiler bêtement le passé de ces personnages, de ne pas insister grossièrement sur les traits de chacun et de leurs intention -

Changement de programme à la dernière minute, au lieu de voir Tribu, j’ai opté pour Le Bruit des gens autour en avant-première. (Je verrais Tribu plus tard, il repasse en présence du réalisateur ce week-end). Comédie désenchantée et parfois navrante de bêtise, dégoulinante de mauvais sentiments (oui ça change des bons sentiments mais l’excès inverse est parfois aussi frustrant) teinté d’humour pas franchement noir mais franchement rien du tout. Et pourtant Diastème dans son premier film réussit parfois à créer quelque chose, une sorte d’harmonie dans ce film choral (la scène où tout le monde saute dans la piscine alors qu’il pleut des cordes, pour le meilleur exemple). Mais ces éclats sont rares, et mettent trop longtemps à arriver. On ne croit pas aux métiers de chacun – il ne suffit pas de parsemer quelques extraits où l’un et l’autre jouent la comédie sur scène, l’une chante en pleurant, ou encore la dernière qui danse, et qui finalement comme voulait le faire croire le réalisateur, ne danse pas devant son public mais est simplement en répétition, que le moment de vérité il est donné n’importe quand – ou encore que le public c’est nous, la salle de cinéma. Pléthores de messages simplistes (mieux abordés dans Actrices) qui font un film bien trop long et qui malgré tous les personnages n’arrive à former aucun sentiment, aucune intensité, à peine quelques répliques piquantes en 1h40 de film. Un gros bof.



 Le Bruit des gens autour


Heureusement, fort heureusement, arrive la dernière séance, pas celle de Mitchell mais celle de Pierre Schoeller. J’ai aimé son Versailles, pas adoré, mais aimé. Abordant le thème délicat des SDF je m’y suis intéressé de très près à ce film, plus près de d’habitude. Pourquoi ? J’ai réalisé un petit court-métrage totalement amateur dans le cadre de l’université, sur la misère à Paris. Et indéniablement il est extrêmement difficile de rendre à l’image la misère, de parvenir à une esthétique, à une quelconque démarche artistique, là est le souci. Et Pierre Schoeller s’y risque, c’est tellement rare qu’il faut le souligner. Le film est loin d’être naturaliste pourtant, d’avantage onirique que documentaire le film est « hors du genre » d’après le réalisateur qui confiait ses intentions et ses méthodes de travail après la projection. Notons la performance de Guillaume Depardieu, certainement ce qu’on retiendra de ce film une fois que les années auront glissées dessus. L’âme du film (non, l’âme du film n’est pas Enzo, le gamin abandonné) le fils Depardieu a littéralement dévié du jeu de son père, il l’a surpassé même, en intensité, en aspérités, en souffrance. Je m’arrête là pour ce soir, il est 3 heures et je vais au lit. Demain deux tables rondes sont au programme à la Cinémathèque : « Les langues parlées dans notre cinéma » et « L’adaptation, une trahison ? » ainsi que la projection de Tokyo, en présence de Leos Carax.

A demain.

 


Versailles

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