Day #3

Publié le par Arnaud


Vendredi 4 juillet, un jour de festival placé sous le signe des tables rondes plutôt que sous les projections à répétitions. Déjà 3 jours que Paris Cinéma a commencé et mon esprit est fortement empreint d’images. D’abord ce MK2 Bibliothèque, somptueux, le seul multiplexe de Paris qui procure une attirance réelle, un désir de cinéma qui se crée lorsqu’on aborde le parvis de la BNF et ces nouveaux quartiers rectilignes en bords de Seine, magique. La première image est donc de gargantuesque complexe cinéphilique. Ce soir j’ai également en tête l’image remarquable qui s’est offerte à tous ceux qui ont assistés à la table ronde à propos des langues parlées dans le cinéma, et spécifiquement de la langue française. Quel ravissement en effet de voir côte à côte Catherine Breillat, Jacques Doillon, Pascal Bonitzer, Claire Vassé et Michel Chion. Quel plaisir aussi de pouvoir approcher Breillat et de l'entendre vous adresser un ou deux mots en passant, plaisir cinéphile. Passons les agacements incessants dont à fait preuve Michel Chion durant la discussion ; alors que je conseillais vivement la lecture de ses ouvrages quelques articles plus bas, voilà que j’ai pu voir le bonhomme en chair et en os. Autant le dire franchement, il avait l’air de s’emmerder royalement et s’auto excluait de la conversation en pinaillant à l’excès à chaque prise de parole et non content de pouvoir dialoguer avec ces cinéastes. Certes le débat était parfois pédant mais fort intéressant à suivre. La table ronde n’a pas une valeur quelconque de « cours de cinéma » et ne prétend pas à enseigner, toute pédagogie est exclue ;  exposition des sensibilités de chaque cinéaste, de leur avis sur la question de la langue française au cinéma - ce qui sous-entend les multiples questions de la préciosité de la langue, de la langue « atone » et intellectuelle (, du snobisme de la langue française (dont parlait fort justement Breillat), des accents, des patois… Le débat s’élargissait jusqu’à l’écriture du scénario et à la façon de procéder de chacun d’entre eux – une manière de cerner un peu plus leur travail, et d’en apprendre sur leur vision quant à l’usage des dialogues dans leurs films. La discussion fut précédée d’un court extrait de casting de Jean-Pierre Léaud à l’époque des 400 coups, ces séquences fameuses qu’il est toujours bon de revoir de temps en temps. Cette gouaille comme il le dit lui-même dont fait preuve le jeune Léaud aura lancé la journée de la meilleure des manières.


Seconde table ronde toujours dans cette salle Henri Langlois, cette fois sur l’adaptation, intitulé efficacement comme ceci : « l’adaptation, une trahison ? ». La discussion semblait s’orienter sur les chiffres uniquement pendant un long moment, avant de se lancer enfin dans des questions de créativité et de cette fameuse « trahison ». Est-ce une trahison de ne pas rester fidèle à un roman lors d’une adaptation au cinéma ? Quels sont les enjeux de l’adaptation ? Voilà le fondement du débat. La bonne surprise fut celle de Christophe Honoré, malheureusement absent mais qui a offert un extrait de son prochain film qui sort à la rentrée prochaine, La Belle Personne, qui est justement l’adaptation de La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette. J’ai un grand intérêt pour le cinéma de Christophe Honoré, et ma patience est mise à rude épreuve pour le coup, vivement la rentrée (d’ailleurs le film passera la veille de sa sortie sur arte, donc si vous n’allez pas souvent au cinéma, jetez au moins un coup d’œil ce soir là).


Après environ 4 heures de débat, on sort tout drôle de la Cinémathèque. Mais pas le temps de rêver, il faut foncer à la séance de 19h pour l’avant-première de Tokyo ! avec la venue d’un des trois réalisateurs : Leos Carax. Bien sûr il n’est pas venu, mais le plus drôle dans tout cela, c’est la raison que donnait la productrice « Michel Gondry est à New York et Leos Carax quelque part en France mais indisponible ». Cela aurait décidément été trop beau de le voir participer à un événement comme celui-ci. La salle était remplie, les trois films pouvaient commencer.
D’abord celui de Gondry, Interior Design. Un couple s’installe à Tokyo, lui veut devenir réalisateur, elle « ne sait pas ce qu’elle fait ». Se sentant inutile, elle va devenir utile : elle se transformera en chaise. Mal résumé, je suis raccord. Ensuite le film stupéfiant de Carax – Merde. Denis Lavant métamorphosé un créature hybride, une chimère crasseuse se mouvant avec déséquilibre et folie. Détruisant Tokyo avec des grenades, il sème la terreur dans la ville, les flashs infos se succèdent, et la drôlerie s’impose finalement. Film comique mais terrifiant par son sujet, son traitement surtout bien sûr. Je pense notamment à la longue scène du procès en split screen où les traductions s’enchaînent inlassablement (du langage-Lavant vers le français, et du français vers le japonais, et inversement). Le langage, la langue, les paroles… autant de thèmes qui rappellent le débat plus tôt dans l’après-midi. Et Leos Carax semble allonger à l’excès ces incompréhensions, ces gestes absurdes et étranges gloussements, soumettant le rire à se figer, à s’éterniser, à fatiguer par le même procédé qui se copie/colle à l’image de ces écrans qui se multiplient. Leos Carax n’est pas mort, à l’image de son personnage, on le croyait pendu, il s’est échappé. Bientôt les aventures de MERDE à NY (titre final) : signe d’un prochain long-métrage pour Leos Carax ? Vite, vite ! Sortons des égouts, vite, vite ! Et enfin le film de Bong Joon-ho – Shaking Tokyo, qui raconte l’histoire d’un hikikomori, terme japonais qui désigne ceux qui se renferment sur eux en se coupant du monde extérieur. Cela fait plus de 10 ans qu’il n’a pas mis un pied hors de chez lui, jusqu’au jour où il tombe amoureux d’une livreuse de pizza. L’amour comme seul échappatoire ? Peut-être bien.

En sortant de la salle, de nombreux philippins hurlaient pour accueillir Sharon Cuneta, véritable star aux Philippines. Je sors du MK2 et me dit que demain je verrais enfin La Frontière de l’aube.
A demain.

 

Borgne sans bornes, quoique...

 

« Plus il y a de dialogues et plus les silences se font sentir » Jacques Doillon

 

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